Les différents noms utilisés pour désigner les règles et leur histoire

Une multitude de noms différents pour désigner les règles – pour quelle raison ? Comment nommer les menstruations dans une culture fondée sur la misogynie et l’absence d’éducation sexuelle dans les écoles ? Il suffit, tout simplement d’utiliser l’un des plus de 5 000 euphémismes pour les règles qui existent dans le monde !

Une étude menée par nos amis de chez Clue à l’échelle internationale,- dans environ 190 pays du monde entier – a révélé que qu’il y a plus de 5 000 expressions familières pour remplacer le mot « règles ». Cela correspond à plus de 5 000 occasions où une personne a voulu évoquer les règles, mais ne s’est pas sentie à l’aise pour utiliser le mot à voix haute. La forme du langage a évolué pour soit faire des blagues autour des règles, soit pour dissimuler l’expression parce que la plupart des personnes éprouvent un sentiment de honte quand on aborde ce sujet. Et cela représente 5 000 cas différents à travers le monde !

gif des destinys child say my name

Bien sûr, une grande partie des d’euphémismes sur les règles sont assez drôles (même si on ose pas vraiment l’avouer !) ; nos expressions préférées sont les suivantes :

  • « Der Er Kommunister i Lysthuset » au Danemark, qui signifie « Il y a des communistes dans la salle de jeux »
  • « Les Anglais ont débarqué » en France
  • « Having the painters in » en Angleterre, « Les peintres sont à la maison »
  • « Tomatensaft » en Allemagne, « jus de tomate »
  • « Le mie cose » en Italie, qui signifie simplement « J’ai mes affaires »

Mais en fait pourquoi existe-t-il tant d’euphémismes pour le mot « règles »? Pour quelle raison sommes-nous davantage à l’aise en expliquant une fois par mois que nous avons les peintres à la maison ou du jus de tomate dans notre culotte, au lieu de dire tout simplement que nous avons nos règles ? Explorons ces questions :

La stigmatisation des règles

Vous l’avez sans doute déjà remarqué ; les règles sont stigmatisées dans la plupart des cultures du monde. La plupart des personnes ayant leurs règles apprennent dès leur plus jeune âge que les règles sont « sales « et qu’elles doivent garder le sujet pour elles. Elles apprennent donc qu’il s’agit d’un sujet dont il faut à tout prix éviter de parler. Ce malaise sociétal à l’égard des règles a conduit les personnes (en particulier les plus jeunes) à penser que les règles seraient quelque chose de honteux, ce qui les oblige à se taire sur le sujet, aussi de peur de mettre les autres mal à l’aise.

Cette stigmatisation se manifeste de différentes manières. Par exemple, quand on s’efforce de cacher son tampon dans sa manche avant d’aller aux toilettes, ou de mettre en pause ses études ou à sa carrière chaque mois au moment des règles. Les euphémismes pour les règles, c’est juste un autre aspect de la honte associée à nos règles – un peu comme Voldemort, les règles ne doivent jamais être nommées !

Le manque d’éducation et de formation sur le sujet

Saviez-vous que près de trois quarts des enfants ne sont pas satisfaits de l’éducation qu’ils reçoivent au sujet des règles ? La majorité des jeunes ne reçoivent pas les informations sur leur propre corps ou sur le corps des personnes de l’autre sexe, dont ils ont besoin et qu’ils méritent à leur âge. Cela peut renforcer la timidité, l’incompréhension et la gêne par rapport au sujet.

Juste un exemple : vous n’avez peut–être jamais entendu parler du système de contrôle Panopticon de Jeremy Bentham ? (L’idée qu’un prisonnier qui est surveillé, – mais qui ignore à quel moment et par qui il est surveillé – finit par se surveiller lui-même par peur de punition -juste pour clarifier l’histoire…) Vous avez donc peu de chances d’en parler avec assurance ou même d’évoquer le sujet, tout simplement. La même chose vaut pour les règles.

La peur de l’inconnu met les personnes mal à l’aise lorsqu’elles en parlent – souvent à tel point qu’elles ne supportent même pas l’idée de nommer les règles par leur vrai nom ! C’est alors qu’interviennent les euphémismes, le meilleur moyen pour dissimuler votre intérêt (tout à fait normal) pour les règles. Le manque d’éducation à ce sujet se révèle être un cercle vicieux. Moins on parle des règles, plus on a peur de poser des questions, moins on en parle… vous voyez le principe ?

On suit le mouvement

Petit rappel, nous sommes des êtres sociaux, et en conséquence, nous avons tendance à adhérer aux normes sociales et à nous adapter aux personnes qui nous entourent. Et donc, quand votre famille, vos amis, vos professeurs et vos collègues de bureau utilisent tous ces euphémismes, cela perpétue l’idée que le mot « règles » serait en quelque sort déplacé ou même répugnant, tout comme les règles elles-mêmes – et vous suivez tout simplement le mouvement.

Pensez-vous que c’est ok d’utiliser quand même des euphémismes pour les règles ?

De donner à vos propres règles ces surnoms souvent drôles, parfois un peu bizarres ? Que faire ? C’est à vous de décider ; choisissez l’option avec laquelle vous serez le plus à l’aise.

Nous sommes d’avis que d’appeler les règles « règles » fait sens, dans une démarche de communication transparente et parce que cela contribue à combattre le sentiment de honte que suscite souvent le cycle naturel de votre corps. Mais si vous avez trouvé un petit nom valorisant pour vos règles qui vous permet d’en parler et d’y penser avec plus d’aisance, pourquoi vous en priver ? Mais choisissez vos surnoms pour vos règles de manière consciente, svp… Nous vous déconseillons d’utiliser des expressions comme « la chute d’eau sacrificielle de Satan » ou « le massacre des enfants à naître » pour des raisons plutôt évidentes.

Gif d'une femme qui parle de ses règles

Clamez-le haut et fort… et avec fierté !

Nous avons un défi à vous proposer. La prochaine fois que vous aurez vos règles, dites-le à quelqu’un, dites clairement « j’ai mes règles » ou « mes règles viennent de débarquer aujourd’hui » et observez la réaction de votre interlocuteur ou interlocutrice.

gif des tina fey qui parle de ses règles

Nous présumons que cela ne changera rien, si ce n’est que vous, vous avez décidé à ce moment-là de ne plus faire de blagues sur votre propre corps pour mettre les autres à l’aise, et que vous serez peut-être un peu plus fière de vos règles ! Au lieu de cacher vos règles derrière des expressions humoristiques et des surnoms créatifs, vous parlerez de manière honnête et transparente du fonctionnement de votre corps. Cette démarche contribuera à briser la stigmatisation autour des règles et aussi à reprendre le contrôle du discours sur les règles et sur votre corps. Vous pourriez même à l’occasion inciter quelqu’un d’autre à parler plus ouvertement de ses propres règles ! Améliorer l’éducation sur les règles n’est pas seulement la démarche adaptée pour combattre la honte et la stigmatisation autour du sujet, c’est aussi profitable pour l’environnement !

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